Prestige, une décennie après la catastrophe

Le 19 novembre 2002, le pétrolier « Prestige », battant pavillon des Bahamas, coule à 250 kilomètres au large du cap Finisterre (province de la Corogne, Espagne) après avoir dérivé pendant six kilomètres face aux côtes galiciennes. Dix ans après, le jugement de la plus grande catastrophe environnementale de l’histoire de l’Espagne met en évidence les responsabilités politiques et les effets sur la santé des volontaires.

Pas moins de 3 000 kilomètres de côte furent recouvertes de cette marée noire. Indifférent à la clameur social, le gouvernement, alors présidé par José Maria Aznar, avait défendu sa position d ‘éloigner le pétrolier de la côte. « La décision la moins pire a été prise bien que la moins pire fut pire que ce qui était prévu » avait reconnu le président de la Junte de Galice de l’époque (c’est à dire le gouvernement régional de la communauté autonome de Galice), Manuel Fraga. C’était le 8 décembre 2002. Au fond de l’Atlantique, le fuel continuait de jaillir du Prestige.

Le jugement

Une décennie après la catastrophe, la blessure causée par le « Prestige » est toujours ouverte. Le 16 octobre dernier, à la Corogne, a été entamé le jugement concernant le capitaine du bateau, le grec Apostolos Manguras, âgé de 77 ans,celui pour lequel on attend une condamnation de 12 ans de prison pour atteinte à l’environnement, dégâts et désobéissance ; Ireneo Maloto, premier officier du pont, philippin de nationalité, actuellement en fuite on ne sait où, et Nikolaos Argyropoulos, ingénieur en chef.

Juste à côte d’eux sur le banc des accusés s’assoit aussi l’ancien directeur général de la Marine Marchande espagnole, José Luis Lopez -Sors, accusé d’imprudence grave vis-à-vis de la direction erratique/inconstante que suivait le bateau. L’implication de Sors a une valeur symbolique, comme l’explique l’écrivain Manuel Rivas, qui est l’un des porte-drapeau de la protestation appelée Nunca Mais (Plus jamais) : « Nous comprenons tous que ceux qui sont assis là, tout cette histoire, est dûe aux actions conjointes d’un gouvernement qui n’a pas su être à la hauteur ». Mariano Rajoy, alors vice-président du gouvernement, fut chargé de gérer la crise. « Ce sont Rajoy et Arias Canete qui auraient dû être assis sur le banc des accusés » a assuré la porte-parole du parti de Izquierda Unida (Gauche Unie) de Galice, Yolanda Diaz. De son côté, Greenpeace ont demandé aussi dans une vidéo des responsabilités politiques .

Le cas de Lopez-Sors implique plus que de la culpabilité personnelle. Dans la mesure où il serait condamné, l’État aussi serait jugé responsable des dommages causés par la catastrophe, chiffrés à hauteur de 4,121 millions d’euros. Une situation paradoxale puisque l’État même réclame aussi 3,862 millions pour les préjudices et les frais que supposèrent la lutte contre cette marée noire. Du côté des responsables civiles, on trouve l’assurance The London Steam-Ship Owners Mutual Insurance Association Limited ainsi que le Fond International d’Indemnisation des Dommages (ou Fonds Internationaux pour les dommages causés par la pollution pétrolière), et comme responsables civiles de second ordre il y a les armateurs Mare Shipping Inc et Uinverse Maritime Ltd, ainsi que l’État espagnol.

Un autre Prestige est-il possible ?

La catastrophe du « Prestige » a conduit a repenser le trafic maritime en Europe et à accélérer le processus initié suite au désastre de l’Erika, en France en 1999, pour empêcher le transport de fuel lourd dans des navires monocoques. Depuis 2010, aucun pétrolier de ce type n’a pu transporter de pétrole brut lourd. Cette norme, en association avec l’établissement d’assurances qui garantissent financièrement la couverture des responsabilités pour des dommages causés par la pollution, ont été les grandes avancées en matière de sécurité maritime de la décennie.

La question est claire : ces moyens mis en œuvre sont-ils suffisants pour garantir la sécurité d’une route empruntée annuellement par 13000 bateaux chargés de marchandises dangereuses ?

Pour des organisations comme Greenpeace, la réponse est claire : « Vue comme est la situation aujourd’hui,un autre Prestige est possible  », assure la directrice des campagnes Greenpeace en Espagne, Maria José Caballero. Le porte-parole de la plate forme Nunca Mais, l’artiste Xurxo Souto, est de la même opinion : « Oui c’est tout à fait possible ». De fait, chaque mois se produisent en moyenne cinq rejets polluants d’hydrocarbures aux larges des côtes de Galice, hors du contrôle satellite de l’Union Européenne. La menace est constante sur cette route qui compte, depuis 1968, pas moins de dix sinistres maritimes aux préjudices écologiques incalculables.

Le plus grand danger continue d’être le manque de contrôle sur un marché qui se cache derrière des pavillons de complaisance et des paradis fiscaux qui blindent les armateurs et les affréteurs vis-à-vis de catastrophes telles que celles du « Prestige ». Comme pour l’Erika ou le cargo Cason, derrière le Prestige il y avait une large chaîne de société, une mafia qui continue de s’enrichir grâce à la passivité des autorités .

Este artículo ha sido publicado en Journal Europa